Île Bonaventure août 2012

Août 2012. Visite de l'île Bonaventure et de sa colonie de fous de Bassan.

Je marche en compagnie des autres étudiants du séminaire sur le Beau. L'un d'eux me parle avec passion du roman d'Anne Hébert, expliquant pourquoi l'écrivaine a choisi ce titre pour décrire la folie des êtres de son roman, inspirée du comportement étrange de ces oiseaux.

C'est la scène que j'ai en mémoire quand je pense à ce livre. Amplifiée, sans doute, par le passage du temps et l'intensité émotive de ce moment. C'est l'entousiasme de mon ami que j'ai encore aux oreilles et au coeur. Il fallait bien qu'un jour je lise enfin ce grand, puissant roman.

En plus, les Presses de l'Université de Montréal dans leur collection "Bibliothèque du Nouveau Monde" publient l'intégrale des oeuvres d'Anne Hébert (3 tomes sont parus, 2 restent à sortir). Une édition minutieuse, avec paracritique destinée aux spécialistes et aux mordus, soit un équivalent de la Pléiade. Dès que j'ai entendu parler de cette parution, j'ai sauté dessus. Et c'est dans ce format que j'ai lu Les Fous de Bassan.

Un mot d'abord sur la forme. La Bibliothèque du Nouveau Monde s'adresse à un public averti, déjà familier avec l'oeuvre de l'écrivaine. Dans mon cas, c'était ma première lecture et les innombrables notes de bas de pages m'ont distraite au fil des pages, mais surtout, ont souvent "brûlé l'intrigue" par leur analyse du récit à venir. Toutefois, il s'agit d'un travail fort intéressant sur la genèse de l'oeuvre, analysant les diverses versions et notes de l'auteure ainsi que la correspondance entretenue pendant la rédaction, de même que les entrevues données par Anne Hébert autour du roman. De plus, comme Les Fous de Bassan a été adapté au cinéma et qu'Anne Hébert a travailé, du moins au début, au scénario, il est question de ce rapport entre film et roman. À recommander à tous les admirateurs passionnés de la grande écrivaine (et à ceux qui n'ont pas peur d'abimer un livre de prix avec un verre de vin renversé en fin de soirée...)

Et le roman?

Bon. Là, ce n'est pas comme si tout le milieu littéraire québécois et francophone attendait mon humble avis pour consacrer Anne Hébert au firmament des lettres! 

L'écriture est en effet magistrale. D'une grande et pure poésie. Parfois, par simple plaisir de la sonorité des mots dans mon esprit, j'en relisais de longs passages. Comme un chocolat fin pour le palais. Un grand crû pour connaisseur. 

Bref, ça se savoure. On n'ose pas se comparer. Ça nous laisse même contrit de tenter aussi oeuvre d'écriture. De la beauté brute. À la limite douloureuse.

L'histoire est dure. Dans un décor de mer, de ciel et de vent en Gaspésie, la disparition de deux jeunes filles. Belles, pleines de vie.  Contre lesquelles vont se dresser l'envie, la concupiscence, la jalousie. Jusqu'à ce qu'éclate la tempête. Le tout narré sous plusieurs angles, à travers plusieurs regards. Voix multiples, comme "Le vent qui a toujours soufflé trop fort ici et ce qui est arrivé n'a été possible qu'à cause du vent qui entête et rend fou."

Si je suis admirative du style d'Anne Hébert, ma préférence va à la sensibilité de Gabrielle Roy. Mais cela ne m'empêche pas d'être maintenant plongée dans Kamouraska

Pour le prochain choix de Québec-o-Trésors, j'hésite encore...