15 novembre 2009
Deuxième cercle
L'idée avait bien fonctionné, alors j'ai récidivé cette session-ci en mettant sur pied un nouveau cercle de lecture pour les étudiants. Au menu: théâtre grec. Une pièce de chacun des grands dramaturges athéniens: Eschyle, Sophocle, Euripide et Aristophane.
Un agréable constat: mes "anciens" sont presque tous revenus et d'autres se sont ajoutés. En tout, nous étions dix. Ce qui fait beaucoup de points de vue autour d'une table et plein de regards différents... et nécessite une certaine discipline dans la répartition du droit de parole!
Le choix des pièces s'est fait de façon quelque peu aléatoire: Les Perses d'Eschyle (qui nous permettait de parler des guerres médiques et principalement de Salamine), Oedipe roi de Sophocle (parce qu'Aristote a sacré cette pièce "meilleure tragédie"), Andromaque d'Euripide (choix de mes étudiants) et Les Grenouilles d'Aristophane (parce qu'on y voit un duel entre Eschyle et Euripide et que ça me semblait une belle façon de clore notre activité).
Lors de la première rencontre, j'ai expliqué ce qu'était le théâtre chez les Grecs, expérience religieuse à priori, mais grand rassemblement populaire. Ensuite, j'ai parlé de la tragédie et d'Eschyle qui a apporté des changements à ce qui se faisait avant lui. Les autres rencontres ont été centrées sur les auteurs eux-mêmes et l'oeuvre étudiée.
Ce fut une très belle expérience qui sera peut-être renouvellée. Je vois s'allumer la flamme dans les yeux de mes étudiants qui découvrent le plaisir des auteurs anciens. Les "habitués" ont lu Virgile, une épopée. Ils font maintenant des comparaisons avec d'autres rythmes, d'autres univers propres au théâtre grec. Je garde un souvenir mémorable de notre dernière soirée, mercredi passé, à potasser le texte d'Aristophane! Que de rire, de jeux de mots... parfois fort irrévérencieux!
14 novembre 2009
Sur le seuil
Suis-je revenue?
Je ne sais trop. Quelque chose en moi est resté en Grèce, je crois. Une insouciance, un bien-être. Écrasés sous le poids d'un âne. Et le retour s'est fait dans des conditions difficiles.
Souvent, j'ai composé des billets pour ce carnet. Et, chaque fois, j'ai remis ce projet à plus tard. Les billets sont restés lettre morte. Idées éparses. Morceaux d'inspiration sans encrage.
Pourtant, j'émerge. Et je reviens en ces lieux virtuels. Où mes pensées atteignent parfois d'autres rives.
Quant à l'écriture, je me tiens sur son seuil. Je vois la lumière, mais j'hésite encore à entrer.
Photo: les propylées de l'Acropole d'Athènes dans l'éclatante lumière d'un matin de juin.
09 novembre 2009
Sur le blogue Carnets de la nuit
Merci aux antennes de mon directeur littéraire et à son "alerte Google": une blogueuse a récemment parlé d'Enthéos sur ses Carnets de la nuit. Comme quoi le roman continue sa vie, malgré le temps qui passe.
Une critique assez positive, où l'auteure mentionne que "[je fais] honneur à [mon] savoir, [me] faisant l'interprète des sentiments humains en remontant à la racine des concepts. L'espoir, le deuil, le divin sont examinés à travers les œuvres d'Euripide, Nietzsche, Gide et de l'Apocalypse." La crise vécue par Thomas s'apparente à toutes les crises existentielles, même s'il en ressort que ce sont les "intellectuels" qui apprécieront le livre et que la langue que j'y emploie est "riche et parfois un peu aride car elle s'inscrit dans la lignée des grandes tragédies grecques".
Le lecteur avisé remarquera la paraphrase de grandes lignes d'Elsa Pépin dans son article "Ressusciter les anciens", paru dans La Presse, le 12 octobre 2008.
Pour lire cette appréciation, c'est ici.
20 octobre 2009
Remise des Prix des Abonnés

Une autre visite à l'Hôtel de Ville cet avant-midi, alors qu'a lieu la remise des Prix des Abonnés dont le vote s'était terminé le 4 octobre dernier.
J'y suis conviée, comme tous les auteurs mis en nomination dans les trois catégories: Fiction, Documentaire et Jeunesse.
Quant à mon long, long silence sur ce blogue, il est dû à plusieurs facteurs dont le principal est que je n'ai à peu près pas écrit depuis le printemps. Et comme ce carnet a d'abord comme but d'accompagner ma démarche littéraire il a été mis en veilleuse. Mais j'ai bon espoir de reprendre le clavier bientôt. Le besoin d'écrire est plus fort que les inpondérables de ma vie.
29 juillet 2009
Prix des Abonnés de la Bibliothèque de la Ville de Québec
Je l'avais appris il y a quelques semaines déjà, mais voilà que la nouvelle est sortie: Enthéos figure sur la liste des livres nominés pour le Prix des Abonnés de la Bibliothèque de la Ville de Québec dans la catégorie Fiction.
Du 3 août au 4 octobre, les abonnés peuvent voter pour leur livre favori.
En tout, 24 auteurs de Québec répartis dans les catégories Fiction, Documentaire et Jeunesse font partie de cette liste. Un prix de 1000$ sera remis pour l'auteur gagnant dans chacune des catégories.
25 juin 2009
Partir
Laisser derrière soi le train-train quotidien. Le confort. Les habitudes. Les proccupations. L'angoisse.
Partir. Prendre le large. Respirer la mer. Le soleil.
Retrouver les ruines antiques, la terre des poètes et des philosophes.
Me retrouver.
Moi.
23 juin 2009
Lectures de voyage
Ah... avoir du temps pour lire! Voilà ce que signifie pour plusieurs mordus de lecture l'évocation du mot "vacances"!
Mais quand on part en voyage "lecture" prend d'autres significations.
D'abord, "quoi" lire? Quand on sait que les livres lus dans un contexte de voyage teinteront une partie des souvenirs qu'on y associera par la suite, ce n'est pas anodin. Par exemple, j'associe maintenant Ensemble, c'est tout d'Anna Gavalda à mon retour en avion de Barcelone, puisque j'avais alors presque entièrement lu ce roman. Comme il s'agit de "vacances", après tout, j'aimerais quelque chose de léger sans être dénué de profondeur. Quelque chose qui captera mon attention néanmoins (surtout pour vaincre mes craintes de l'avion!) sans me demander non plus trop de concentration.
Et puis, comme il faut trouver de la place pour tout ce papier, il faut penser "format" et "poids"! Format poche, il va sans dire. Mais certains petits livres peuvent peser un poids surprenant. Bref, il faut trouver la combinaison parfaite: sujet léger mais substanciel, format et poids pratiques...
Oh, le beau problème au moment de mettre la touche finale à mes bagages... À quoi associerai-je mon voyage en Grèce? La première fois que j'y suis allée, j'avais relu Fanfan d'Alexandre Jardin, emprunté à une copine de voyage (je ne me souviens même plus si j'avais apporté des livres à moi...). Maintenant, je regarde ma pile et hésite à faire mon choix.
Voilà ce qui est actuellement sur la balance:
Cet imperceptible mouvement de Aude. Tout petit format, mince et poids plume. Des nouvelles à siroter au bord de la mer...
La mort de Virgile, de Hermann Broch: format un peu plus gros que poche... sujet un peu lourd et poids moyen.
La triologie new-yorkaise de Paul Auster: format poche, poids correct. Livre déjà lu en partie (je pense le terminer lors du vol Montréal-Athènes).
Seul dans le noir de Paul Auster. Format long et mince typique de chez Actes Sud. Super léger.
L'Évangile selon Pilate d'Éric Emmanuel Schmitt. Format et poids parfaits. Sujet intéressant, traité sans lourdeur.
Un loup est un loup de Michel Folco. Le goût de découvrir cet auteur qui m'intrigue, ne serait-ce que pour comprendre la folie autour de son oeuvre. Format poche, mais poids lourd.
Pourquoi la Grèce? de Jacqueline de Romilly. Format et poids parfaits. Sujet parfait. Un livre que j'ai lu et relu, mais jamais en entier. 
Que faire? Les apporter tous? Et vous, comment fonctionnez-vous pour choisir vos lectures de voyage?
Dans la revue Québec français
Alex Noël, dans la revue Québec français, fait une critique équilibrée d'Enthéos. Même s'il relève les faiblesses du roman (le sujet de la quête du bonheur qu'il trouve "plutôt récurrent", et certains passages comme les cauchemars qu'il dit "un peu plaqués"), ainsi va son appréciation:
(...) "Gravel-Richard possède un style attrayant. Tant les nombreuses phrases incisives que les scènes dans la ville de Québec parviennent à créer une atmosphère poétique et chaleureuse. Le lecteur s'identifie rapidement au personnage et l'intrigue comporte de nombreuses références intertextuelles, comme autant de miettes de pain semées sur sa route. Les clins d'oeil tantôt aux auteurs de l'Antiquité, tantôt à Gide, mais surtout la façon si judicieuse de les inclure dans la quête du personnage font la richesse de ce roman.
À peine quelques pages et, de par la capacité de l'auteure à puiser dans le passé de l'Homme pour répondre aux problèmes du présent, on sait déjà que l'on tient entre les mains un récit intemporel. On sait aussi dès lors qu'il faudra se munir d'un crayon pour noter ses propres réflexions enfantées par la lecture elle-même. Enthéos est un roman parfois cliché, certes, mais un roman d'abord et avant tout profondément humain duquel on ne sort pas indifférent."
Québec français, été 2009, no 154, p. 12-13.
22 juin 2009
Fonds de tiroirs
Ah, le mythe du manuscrit dormant au fond d'un tiroir!
Beaucoup de gens en ont un, c'est vrai. Gardé comme un secret. Ce roman, ce recueil, cette pile de poèmes... Qu'en faire, en réalité? Y retravailler? Le jeter? Tenter de l'oublier?
Et les années passent.
J'ai dans mes cartons un vieux manuscrit. En fait, il s'agit de mon tout premier roman, écrit entre 2005 et 2006. Avant Enthéos. Né après mais écrit avant, il tient une place un peu inconfortable dans mon esprit. Assis entre deux chaises.
Ce manuscrit a été lu, ici et là. On l'a refusé partout où il a été envoyé, mais pas toujours du revers de la main. Pas mauvais, m'a-t-on dit. Mais pas prêt. Il y manque un "quelque chose".
Et comme je travaillais sur Enthéos et que cela me demandait toute mon énergie, monopolisait tout mon enthousiasme, j'ai laissé reposer cette histoire, un roman fleuve (où d'ailleurs l'eau tient une place centrale) dont l'action se passe en une seule soirée, inspiré du roman Mrs Dalloway de Virginia Woolf.
Mais voilà qu'on manifeste de la curiosité pour ce roman. Mon directeur littéraire souhaite y jeter un oeil, question de me donner son avis, de voir s'il y a quelque chose à en tirer. Cerner où sont ses forces et ses faiblesses.
Alors j'ai farfouillé dans mon bureau, retrouvé une copie papier du roman. L'ai relu, évidemment. Par bribes. Parfois par pages entières. Quelques belles surprises. De beaux passages qui ne me déçoivent pas. Certains autres qui mériteraient d'être réécrits ou resserrés.
Mais dans l'ensemble, dans l'essence même de ce roman, le thème que je souhaitais aborder à travers lui, je suis satisfaite.
Cela veut-il dire que ce soit publiable? Pas nécessairement. Car il ne suffit pas que l'auteur apprécie son propre texte (une relation fondamentalement narcissique), mais il faut que le texte soit accessible et intéressant pour d'autres lecteurs. Il faut ce "plus", si insaisissable et si essentiel.
Pour l'instant, voyons ce qu'en pensera Éric...
Illustration: Nature morte au tiroir ouvert, de Paul Cézanne. Musée d'Orsay.
19 juin 2009
La "relève" littéraire
Hier, j'ai assisté à l'échange sur la relève littéraire organisé par l'Institut canadien, mais plus particulièrement dans le cadre du programme Première ovation en arts littéraires.
Premier constat sur la vingtaine de participants: la plupart provenaient du milieu universitaire, c'est-à-dire que (selon mon estimation au pif) les deux-tiers étaient des étudiants en création littéraire de l'université Laval qui terminaient une maîtrise, avec l'oeuvre qui vient avec, en bout de ligne (roman, pour une majorité). Autre constat: plus de gars que de filles. À vue de nez, un tiers/deux tiers. Six personnes avaient déjà publié dans une maison d'édition reconnue (nouvelles, poésie et roman).
La rencontre a débuté par la présentation de la Maison de la littérature et du programme Première ovation en arts littéraires. Il a été question des services qu'offrirait la Maison, mais aussi du profil des auteurs de la région de Québec et des métiers d'avenir liés à l'écriture (la plupart étant reliés aux nouvelles technologies).
Dans la région, en 2005, seuls 7.6% des auteurs étaient âgés de moins de 44 ans, comparativement à 54.6% des auteurs montréalais. Ce qui veut dire que les jeunes partent massivement vers Montréal (ici, pas de surprise...). Comment donc garder les jeunes auteurs à Québec? C'est là-dessus qu'on souhaitait nous entendre.
Le programme Première ovation en arts littéraires présente plusieurs volets: mentorat, classes de maîtres, activités de formation sur le métier d'écrivain, promotion et diffusion de la relève littéraire et prêt de ressources techniques. Or, LA grande question fut tout de suite soulevée: qu'entend-on par "relève"?
Qu'est-ce que la relève? Est-ce lié à l'âge de l'auteur? Par exemple, le mentorat s'adressera aux moins de 35 ans (tant pis pour moi...). Mais un auteur qui écrit une première oeuvre passé cet âge ne fait-il pas partie de la "relève"? Et comment compte-t-on les oeuvres? En poésie, un poème= une oeuvre? En nouvelle aussi? Parle-t-on de recueil, alors? Ou si chaque publication dans une revue sera considérée?
Des propositions ont été faites. Comme celle d'avoir publié deux livres pour être considéré comme en "mi-carrière". Car une seule oeuvre publiée peut aussi relever d'un coup de chance. Le fait de récidiver établissant une certaine expérience.
Et puis, en bout de ligne, je me suis rendu compte qu'il y a un clivage entre ceux qui aspirent à devenir écrivain et à publier et ceux qui ont passé cette étape. Beaucoup de questionnements trouvent leur réponse quand on vit un processus d'édition et de diffusion.
Maintenant, moi, comment me vois-je? Comme la "relève"? Pas hier, en tout cas! Je me sentais comme une "vieille de la vieille", à écouter des jeunots oscillant entre le rêve et la désillusion. En voyant que les programmes ne m'incluaient pas vraiment. Et qu'en plus, comme 60% des auteurs, ce n'est pas écrire qui me permet de gagner ma vie, mais un autre emploi.
Bref, une rencontre qui m'a permis d'avoir un son de cloche d'un milieu que je ne connais pas beaucoup. Et de voir comment s'enlignait ce très beau projet de Maison de la littérature.
L'illustration vient d'ici.
