Fortier_DuBonUsageDesEtoiles

Je venais à peine de déposer Les Fous de Bassan d’Anne Hébert (dont je reparlerai plus tard) quand j’ai ouvert Du bon usage des étoiles de Dominique Fortier. Le passage de l’un à l’autre a été abrupt. Après avoir navigué en plein éther poétique, j’avais l’impression de marcher à genoux sur un chemin de gravier. Vite agacée, je cherchais l’explication de ma sensation en vue de ce billet pour le Défi Québec-o-trésor. Ceci dit, l’agacement se combinait à un plaisir réel. L’histoire est intéressante, le décor, juste assez victorien, le propos plein d’intelligence. Et j’ai fini par déceler que c’est la combinaison, l’assemblage des divers modes de narration qui fonctionnait mal avec moi. Ce fameux «patchwork» qui a contribué au succès du roman, m’a, je l’avoue, un peu barbée. Car si j’aimais bien le personnage de Francis Crozier et les réflexions profondes de son journal de bord, j’appréciais moins le ton léger des passages relatant les voyages et l’agitation de Jane Franklin et de sa nièce Sonia Cracroft.

Cette sensation s’est toutefois estompée vers les pages 130. Est-ce parce que le récit, le souffle narratif prend là véritablement son envol et sa force ? Quelque chose défile, se délie et nous entraîne. Ma lecture s’est ainsi poursuivie et terminée tout en plaisir. Sans compter que ce récit d’un voyage immobile dans la blancheur glacée de l’Arctique trouvait en moi un curieux écho. Dehors, un froid mordant d’un janvier commencé dans la stupeur a fait résonner mes propres angoisses.

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Dominique Fortier, Du bon usage des étoiles. Québec, Éditions Alto, 2008. 345 pages