Soleil d'encrier: réflexions littéraires diverses de Julie Gravel-Richard

Réflexions et impressions de l'auteur Julie Gravel-Richard sur l'écriture, l'inspiration, la littérature québécoise et étrangère... et sur l'Art et la Vie.

12 juin 2009

Percée de soleil

Me revoilà face à face avec mon écran, mon clavier.

la_lumiere_dans_la_porteDe retour à Janus, après les longs et sinueux détours que j'ai pris cet hiver. Dans ma vie. Mon âme.

Maintenant, plus de faux-fuyant: je dois écrire.

Je réalise qu'il me faut m'astreindre à une certaine discipline. Me forcer à rester assise. Devant l'écran. Écrire. Éviter les distractions, innombrables, qui ponctuent mes heures.

Écrire. Réécrire.

Car je réécris.

Je laisse derrière moi l'idée d'autofiction. Retour à un personnage principal à la troisième personne, le même principe que dans Enthéos. On suit donc la tourmente du personnage central, une femme, à travers un narrateur intérieur, mais pas un "je".

Satisfaction de me sentir de nouveau "inspirée". Un peu.

Comme une percée de soleil.

Photo prise ici: http://www.paulvitrail.fr/La-restauration-de-la-porte

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06 février 2009

Persévérer

alpinisteAprès ma déprime de lundi matin et la rédaction du dernier billet, je me suis installée devant Janus. J'ai relu ce que j'avais écrit. Toujours l'insatisfaction, oui. Mais quand même...

J'ai du mal à expliquer cette sensation. Dans mon dernier billet, j'ai parlé de manque d'inspiration, c'est vrai. Alors plusieurs ont pensé que je n'avais plus d'idées, que j'étais en panne. Or, ce n'est pas un problème d'idées. C'est un problème d'adéquation.

J'ai une idée. Une trame qui se dessine dans ma tête. Janus, c'est des symboles, des histoires entrecroisées. C'est un récit et c'est des sensations. Et pour l'instant, je "sens" Janus. J'en perçois une réalité. Une essence. Mais quand j'écris ce que je "sens", c'est là que l'adéquation n'est pas parfaite. Le résultat n'est qu'une ébauche. C'est très insatisfaisant, d'autant plus que ma "sensation" est intense. Donc je ressens une grande frustration en voyant qu'il y a encore une frontière entre mon imaginaire et la création concrète.

Bien entendu, j'y travaille.

Donc voilà. En relisant les dernières pages, j'ai par moments "senti" l'histoire telle qu'elle se trame en moi et j'en ai été rassurée. Peut-être que le projet n'est pas si prématuré en fin de compte. Les idées ont fini par se clarifier, j'ai repris le fil... et j'ai écrit encore.

Janus se poursuit donc. Cahin-caha, c'est vrai. Mais je persévère.

Illustration: Le dessin vient d'ici.

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02 février 2009

Passage à vide

Brown_reflexion_Alberto_OconRas-le-bol intégral ce matin alors que tout se mélange dans ma tête et ma vie.

Doute lancinant côté écriture. À quoi ça mène? Qu'est-ce que j'en retire? Pourquoi tant d'efforts et de temps investis pour des graines et l'oubli en retour?

Janus se révèle un cul-de-sac. Manque d'inspiration. Projet flou. Une histoire encore décousue. Pas assez de matériel pour m'y accrocher. Pas mûr. À reposer sur la tablette, donc.

Émergence d'un autre "vieux" projet, Orion. Cette fois, j'entrevois un début, un milieu et une fin. Quelque chose de ténu, c'est vrai. Mais concret. Un peu.

Mais je doute. Parce que je sais que j'ai eu des étincelles de certitude face à Janus. Qui se sont éteintes aussi rapidement qu'elles avaient surgi. Pour me laisser ensuite déroutée. Dans le noir. Alors je redoute que le phénomène se répète. Encore. Et que, dans quelques jours, quelques semaines, j'arrive encore au même constat d'échec avec Orion.

J'ai tant d'autres choses à faire. Des choses concrètes. Des choses qui ont un effet réel. Pour lesquelles on me paie, en plus. Pour lesquelles je suis qualifiée. On m'a proposé récemment une autre responsabilité. Qui va me prendre des heures et des heures. Je pense dire non. Je veux protéger mes heures d'écriture. Mais à quoi bon? Alors que je sais qu'on a besoin de moi, que je peux être utile. Dans la "vraie" vie.

Enthéos peut presque être considéré comme un succès littéraire dans le portrait culturel québécois. Mais je n'ai même pas vendu 1000 exemplaires. On vient de m'apprendre que ma présence au Salon du Livre de Québec n'est pas assurée. J'ai du mal à comprendre. Je n'aurai même pas eu l'occasion de faire un 360o sur l'année littéraire de mon livre.

Pourtant, hier seulement, deux courriels reçus. Deux lecteurs qui m'écrivent avoir lu et aimé Enthéos. Et attendre impatiemment le prochain. J'en reçois encore régulièrement, de ce type de messages. Parfois, ces échanges se prolongent et se développent même en amitié épistolaire. Ça me fait un bien fou, puis le doute se réinstalle.

Je ne sais plus quoi penser.

Aujourd'hui, c'est lundi. Je dois écrire. Mais j'ai aussi une pile de corrections de travaux d'étudiants. Une pile bien réelle. Concrète. Des heures qui fileront, bien investies. Le reste... à quoi bon?

Illustration: Brown reflexion par Alberto Ocon.

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28 janvier 2009

Insatisfaction

picasso_reveJ'ai continué à écrire lundi, la journée que j'ai choisie pour me consacrer à l'écriture cette session-ci.

Je réussis à avancer, c'est vrai. Cette fois, j'ai écrit trois pages (simple interligne). Mais qu'est-ce que le nombre de mots, le nombre de pages vient changer à ma satisfaction? Parce que je ne suis pas satisfaite. Je me relis en trouvant que quelque chose ne colle pas.

Mais quoi? Difficile à cerner.

Parfois, quand je pense à Janus, que je laisse défiler mes pensées, je me mets à planer. Réellement. J'en ai presque le vertige. Les mots fusent dans mon esprit. Une ambiance se crée, dans ma tête. Je "sens" très bien mon roman. Et c'est cette transe que j'aimerais réussir à écrire. À faire passer de l'autre côté de la réalité. Qu'elle passe de l'abstrait, soit l'idée que je m'en fais, au concret, au roman lui-même.

Mais je n'y arrive pas. Pas tout à fait.

Alors je me relis. Pas mécontente totalement, non. Mais insatisfaite. Dois-je en conclure que le roman n'est pas prêt? N'est pas mûr? Peut-être bien. Pourtant, je veux continuer à écrire. À consacrer du temps à mon projet, quitte à le réécrire du début à la fin par la suite. Je veux continuer parce que, comme ça, je ne perds pas le contact avec l'écriture. Et pour le moment, c'est peut-être seulement de cela dont j'ai besoin: écrire.

Illustration: Pablo Picasso, Le rêve (1932).

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16 janvier 2009

Mon horaire de travail

agenda3Récemment, lors d'un échange de courriels, quelqu'un me demandait quel était mon horaire d'écriture, sachant que je dois aussi gérer ma "vraie" carrière d'enseignante.

En répondant à cette question, j'ai constaté que l'horaire que je décrivais était beaucoup plus celui que je souhaitais suivre que celui que je suis actuellement. Car il me faut être réaliste: à part un maigre cinq pages, je n'ai rien écrit ces derniers temps. J'ai même remis en question la narration du roman telle que je la voyais au départ, je n'ai même pas jeté quelque ligne que ce soit dans mes "chroniques" personnelles, et c'est à peine si je suis venue ici alimenter mon blogue. Donc il faut me rendre à l'évidence, j'ai un problème de discipline.

Voilà donc l'horaire que j'aimerais suivre cette session-ci:

Le lundi, comme je n'enseigne pas cette journée-là, je veux rester à la maison et écrire minimalement cinq heures. Ensuite, j'espère mettre une autre dizaine d'heures sur mon roman disséminées au fil des jours. Ce qui me ferait un bon quinze heures semaine.

Je pense qu'avec un peu de volonté, j'y arriverai.

Parce que je réalise que mon travail de professeure me prend beaucoup de temps. Ce temps qui doit aussi me servir à rêver, pour alimenter ma source intérieure. Et j'aimerais bien qu'il y ait un "après Enthéos"...

Mais avec un horaire précis peut-être arriverai-je à combiner mes deux passions, l'enseignement et l'écriture?

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20 décembre 2008

Avancer

routeJ'ai recommencé à écrire.

Pour vrai.

Finalement, ça se passe bien. Je n'écris pas aussi vite que pour Enthéos, du moins, pas pour le moment. Mais l'inspiration est là. Le rythme. Les mots.

Ces derniers jours, j'ai pris des notes, en ai relu d'autres, prises il y a quelque temps. J'ai aussi relu mes journaux, sélectionnant des extraits qui, éventuellement, seront passés au filtre de la fiction. J'ai en main une trentaine de pages de ces extraits, de ces notes. Vestiges d'années difficiles transmutés bientôt en art. Ainsi aurai-je réussi à guérir d'une partie de ma vie.

Cinq pages. C'est tout ce que j'ai écrit jusqu'à présent. Mais en moi s'appaise l'angoisse de ne plus être capable d'écrire. L'après Enthéos ouvre sur autre chose. J'avance.

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24 février 2008

Impression

Ce mot a au moins deux sens.

L'impression qui nous habite, intérieurement. Celle que laissent les autres, les évènements en nous. L'empreinte de l'extérieur. Ce qui nous marque. Ce qui nous "impressionne".

Il y a l'impression de l'encre sur le papier. Et c'est bien de cela dont il est question ici. L'impression de la troisième version de mon manuscrit.

Je pensais l'envoyer à mon directeur littéraire. Mais quelqu'un s'en est déjà emparé: un de mes lecteurs de la première heure, ci-nommé mon papa.

J'avais pourtant demandé de ne rien y écrire... Tant pis. Les remarques sont pertinentes. Les corrections qu'il me suggère sont nécessaires. Je réimprimerai au besoin les pages concernées.

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10 février 2008

Une jeune fille à la fenêtre

jeunefillefentreC'est le titre d'un très beau film, poétique, réalisé par Francis Leclerc et dans lequel ma soeur joue un air d'accordéon mélancolique que j'aime beaucoup.

Et cette jeune fille à la fenêtre, c'est aussi un peu l'ambiance d'un nouveau chapitre que j'ai intégré à mon roman en début de semaine. Un chapitre qui m'apparaissait de plus en plus important à écrire. En fait, j'ai ainsi réagi aux commentaires que plusieurs m'ont faits à la lecture du manuscrit: à la fin du roman, un des personnages principaux était un peu laissé de côté. C'est un personnage qui a été aimé, auquel les lecteurs se sont attachés... et ils auraient voulu en savoir un peu plus avant de la voir disparaître. Même Éric était de cet avis: il trouvait que je "laissais tomber" ce personnage à la fin.

Ai-je réussi à donner à ce chapitre le ton mélancolique que je souhaitais? Est-ce que cette tombée de rideau sur un de mes personnages principaux est à la hauteur de ce que je veux? Je ne sais trop. Mon lecteur privilégié, mon Amoureux, m'a dit qu'il trouvait le chapitre trop court. Il en prendrait plus.

Je retravaillerai donc encore cette scène, en plus du chapitre final qui est encore en élaboration. J'en ai rédigé une première version mais, compte tenu de l'importance de ce chapitre, je prévois en écrire trois versions différentes. Ensuite, je choisirai celle qui s'agencera le mieux à l'ensemble du roman. J'imagine qu'ici, mon fidèle directeur littéraire aura son mot à dire.

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22 janvier 2008

Trois fois passera... (air connu)

J'arrive à la fin de la troisième phase d'élagage et de réécriture sur mon roman Enthéos. La journée d'hier, glaciale, m'a découragée d'aller au collège pour préparer mes cours. J'ai donc travaillé à la maison et utilisé une bonne partie de l'après-midi pour mon roman.

Mes phases de travail ne sont pas également efficaces. Je peux parfois mettre une heure sur mon texte et avancer rapidement, être satisfaite du résultat. Mais il arrive aussi que je m'assois devant l'ordinateur de longues heures, l'esprit embrouillé, insatisfaite de la moindre ligne. Hier, j'étais bien éveillée et j'ai enfin abattu le travail que je remettais à plus tard depuis quelques jours: la réécriture intégrale d'un chapitre, puis les corrections qui en découlaient dans le chapitre suivant. C'est maintenant fait. Et le texte "tient la route" après relecture.

Maintenant, je dois faire face à mon dernier défi: la réécriture de la fin du roman. Le dernier chapitre actuel sautera, à la suggestion d'Éric. L'avant-dernier chapitre deviendra donc le dernier, donc la fin du roman. Évidemment, soudainement, ce chapitre que j'avais écrit un peu mollement prend une nouvelle importance. J'ai donc l'intention de lui donner toute l'attention méritée.

Je m'avance donc lentement mais sûrement vers la fin de cette troisième réécriture.

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09 janvier 2008

Temps perdu, temps repris: l'art d'en trouver

hourglassMes vacances tirent à leur fin et avec elles le temps que je réservais "exclusivement" à mon manuscrit.

Bien entendu, "exclusivement" est exagéré: je dois en fait combiner toutes mes activités et trouver le moyen de tout faire. En fait, je réservais de belles longues plages de travail pour l'écriture et je peux dire que j'ai réussi à les préserver. Ainsi, le manuscrit avance. Mais je dois commencer à planifier mon retour en classe avec le tourbillon que cela implique.

En fait, je veux continuer à écrire malgré l'enseignement. C'est mon défi pour la session qui vient: inclure l'écriture dans mon horaire chargé. Car il est là mon problème: je fonctionne par priorités. Donc, quand je recommence à enseigner, je donne la priorité à la préparation de mes cours, aux corrections, aux rencontres avec les étudiants, aux réunions, à mes divers projets liés à l'enseignement. À cela se superpose ma vie de famille. Ensuite, quand vient le temps des "loisirs", alors seulement arrive l'écriture.

C'est ce qui doit changer.

Écrire, ce n'est pas un loisir. C'est un plaisir, c'est vrai. Mais si j'ai l'intention de pousser plus loin mon travail - plus loin que l'écriture à "temps perdu", il me faut donc consacrer du temps "non-perdu", du temps pris ailleurs, forcément.

J'ai encore devant moi quelques jours qui seront consacrés presque exclusivement à l'écriture. Ensuite, il faudra que je sois rigoureuse et que je travaille régulièrement. L'important étant que je ne laisse pas reposer le texte trop longtemps. Car si je laisse filer le temps, alors celui préalablement investi perd sa valeur, puisqu'il me faut passer des heures entières, par la suite, à retrouver le fil de mes pensées. Donc le temps "trouvé" permet de ne pas "perdre" plus de temps.

Bref, tout repose maintenant sur ma capacité à "trouver" du temps.

Posté par Julie GravelR à 16:42 - Une page à la fois - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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