23 juin 2009
Lectures de voyage
Ah... avoir du temps pour lire! Voilà ce que signifie pour plusieurs mordus de lecture l'évocation du mot "vacances"!
Mais quand on part en voyage "lecture" prend d'autres significations.
D'abord, "quoi" lire? Quand on sait que les livres lus dans un contexte de voyage teinteront une partie des souvenirs qu'on y associera par la suite, ce n'est pas anodin. Par exemple, j'associe maintenant Ensemble, c'est tout d'Anna Gavalda à mon retour en avion de Barcelone, puisque j'avais alors presque entièrement lu ce roman. Comme il s'agit de "vacances", après tout, j'aimerais quelque chose de léger sans être dénué de profondeur. Quelque chose qui captera mon attention néanmoins (surtout pour vaincre mes craintes de l'avion!) sans me demander non plus trop de concentration.
Et puis, comme il faut trouver de la place pour tout ce papier, il faut penser "format" et "poids"! Format poche, il va sans dire. Mais certains petits livres peuvent peser un poids surprenant. Bref, il faut trouver la combinaison parfaite: sujet léger mais substanciel, format et poids pratiques...
Oh, le beau problème au moment de mettre la touche finale à mes bagages... À quoi associerai-je mon voyage en Grèce? La première fois que j'y suis allée, j'avais relu Fanfan d'Alexandre Jardin, emprunté à une copine de voyage (je ne me souviens même plus si j'avais apporté des livres à moi...). Maintenant, je regarde ma pile et hésite à faire mon choix.
Voilà ce qui est actuellement sur la balance:
Cet imperceptible mouvement de Aude. Tout petit format, mince et poids plume. Des nouvelles à siroter au bord de la mer...
La mort de Virgile, de Hermann Broch: format un peu plus gros que poche... sujet un peu lourd et poids moyen.
La triologie new-yorkaise de Paul Auster: format poche, poids correct. Livre déjà lu en partie (je pense le terminer lors du vol Montréal-Athènes).
Seul dans le noir de Paul Auster. Format long et mince typique de chez Actes Sud. Super léger.
L'Évangile selon Pilate d'Éric Emmanuel Schmitt. Format et poids parfaits. Sujet intéressant, traité sans lourdeur.
Un loup est un loup de Michel Folco. Le goût de découvrir cet auteur qui m'intrigue, ne serait-ce que pour comprendre la folie autour de son oeuvre. Format poche, mais poids lourd.
Pourquoi la Grèce? de Jacqueline de Romilly. Format et poids parfaits. Sujet parfait. Un livre que j'ai lu et relu, mais jamais en entier. 
Que faire? Les apporter tous? Et vous, comment fonctionnez-vous pour choisir vos lectures de voyage?
07 juin 2009
Montée vers le purgatoire
Je poursuis ma remontée vers la lumière en compagnie de Dante et de Virgile:
"L'heure venait qui plie à lent désir
les naviguants, et leur coeur s'attendrit
du jour qu'ils ont douce amitiée laissée;
alors, les sons d'une cloche lointaine
blessent d'amour le pélerin nouvel,
comme pleurants la clarté qui se meurt."
Dante, La Divine comédie, Purgatoire, chant VIII, 1-6. Traduction d'André Pézard.
Illustration: Dante et Virgile, gravure de Gustave Doré.
07 mars 2009
Similarités et rencontre livresque
Il
arrive parfois que le hasard nous mette en contact avec LE livre dont on a
besoin. Comme ça. Au moment même où il fallait le lire. Comme une rencontre. Qui
allait mettre en branle chez soi les rouages de la réflexion. Qui allait mettre
les mots qui nous manquaient sur des réalités qui demeuraient floues. Qui
allait relancer en nous le monologue intérieur et, quand la rencontre est
encore plus intense, relancer l’inspiration et l’écriture.
C’est
ce qui vient de m’arriver.
Alors
que mon projet de Janus stagne avec ses maigres quinze pages. Alors que la vie
suit son cours, que je lis autre chose, sans passion cependant. Que je tente de
raviver la flamme de la curiosité intellectuelle chez quelques uns de mes
étudiants, autour d’une œuvre classique.
Soudain,
quelqu’un que je croise régulièrement au détour des corridors de mon cégep,
professeur comme moi, que sans connaître je connais néanmoins, soudain dis-je
ce prof que je salue discrètement d’un coup de tête s’arrête. Me parle d’Enthéos qu’il a aimé. Et m’apprend que
nous avons en commun une personne chère, notre professeur de mythologie gréco-romaine,
à l’université. Lui-même vient de publier un livre qui, croit-il, m’intéressera.
Je
termine à l’instant ce livre de Philippe Mottet et chaque page, chaque
paragraphe m’a laissé une profonde impression d’écho intérieur. Une similitude dans
le regard, les préoccupations, les réflexions sur la vie. Sur la tradition, le
sens, les symboles, les maîtres de la pensée occidentale. Tant de choses y
passent que j’en ai senti un léger étourdissement.
Par
exemple? Page 38 : « Le terme enthousiasme est l’un de ceux que je
préfère parmi tous ceux que la Grèce nous a légués. Littéralement, il signifie « être
dans le dieu »; nous dirions aujourd’hui, par un renversement assez
significatif, être possédé par le dieu (…) » J’écris dans Enthéos : « -Enthéos, Monsieur Beauchemin! Il faut qu’il
y ait du divin en vous pour écrire quelque chose qui ait une réelle valeur!
Vous devez être habité par la divinité, le « théos ». (…)
Laissez-vous « enthousiasmer » par votre sujet, dans le sens
grec du terme, évidemment. » (p. 38… et là, j’ai comme un tressaillement
en constatant que les deux livres abordent le même thème à la même page 38)
Ou
encore, un passage (p. 50) où il est question de la durée, par delà la mort :
« Les poètes d’Athènes, d’Ionie et d’ailleurs, des îles ou du continent, ont
découvert que deux voies s’offrent aux hommes s’ils veulent durer : la postérité
génétique; la gloire. » Ce qu’on lit dans Enthéos : « Les Grecs n’avaient que deux façons de
survivre éternellement, de passer outre cette mort physique : laisser
derrière eux des enfants ou laisser dans la mémoire des autres un souvenir
impérissable. Ainsi pouvaient-ils transgresser l’oubli. » (p. 235)
Sur
l’enseignement, aussi, nos vues se rejoignent. Mottet parle ainsi de son
expérience : « Que transmettons-nous alors? La vie. Tout simplement.
La vie de l’esprit, avec ce qu’elle comporte d’interrogations, de curiosité, de
sensibilité à l’imaginaire humain, à ses idées, ses images, ses systèmes de
représentation, c’est-à-dire ses faibles moyens d’appréhender le monde,
modestes, oui, mais sans lesquels l’Homme n’existerait pas. » (p. 58) Je
fais dire à Elsa Fontaine : « Ma foi va dans l’être humain. Et j’enseigne
pour participer à la construction de son esprit. Même à une échelle modeste.
Même si c’est pour enseigner une langue morte. Elle vit encore tant qu’elle s’enseigne,
tant qu’on la lit. Tant qu’on l’aime. Et même si mon geste est dérisoire, à l’échelle
humaine, il compte. C’est ça, la foi. C’est penser que quelque chose compte,
quelque part. » (p. 129)
Je
pourrais établir encore d’autres parallèles, sur le sens de la musique, par
exemple. Sur l’espoir vu par Camus chez Mottet, ou à travers la boîte de
Pandore dans mon roman. Le personnage de Prométhée, ce qu’il signifie. Encore un
symbole que nous abordons tous les deux.
Mais
il y a plus dans le livre de Philippe Mottet. Il y a d’autres thèmes que je n’ai
pas encore abordés dans Enthéos, mais
qui le seront dans Janus, voire dans
d’autres livres à venir. Et ce sont ces allusions qui agissent sur moi et me
remettent en mouvement. Qui ravivent l’inspiration. Car cet essai porte
essentiellement sur les frontières humaines. Les « frontières », ce n’est
pas très éloigné des « passages et des portes » sur lesquels règne le
dieu Janus.
À tous
ceux que les grands thèmes et symboles de la pensée occidentale fascinent,
ainsi que le thème des barrières et des règles qui régissent l’esprit humain et de l'écrivain,
je ne saurais trop vous conseiller la lecture du livre de Philippe Mottet,
riche de par la réflexion qu’il propose, à travers les nombreuses citations d’auteurs
phares tels Montaigne, Auster, Miron ou Vadeboncoeur.
Philippe
Mottet. De la prison à la chambre : essai sur les frontières humaines.
Québec, L’Instant même, 2008. 149 pages.
09 février 2009
La bonne idée
Mes derniers billets montrent bien la difficulté que je rencontre ces jours-ci à démarrer réellement l'écriture de mon prochain roman et la bousculade que je ressens dans ma tête, aux prises avec un tourbillon d'idées et d'impressions diverses.
Pour décrocher un peu (mais sans décrocher vraiment!), j'ai lu des passages du livre de Jean-Benoît Nadeau Écrire pour vivre. Conseils pratiques à ceux qui rêvent de vivre pour écrire dont je vous parlais ici il y a déjà quelque temps. Il se trouve que le deuxième chapitre traite justement des idées et de ce qui distingue celles qui sont intéressantes de celles qui sont plates.
Qu'est-ce qui fait qu'une idée est bonne? Eh bien, simplement: il faut que ce soit une idée intéressante. (Ouf, la logique implacable...)
Mais bon. On poursuit: pour savoir si une idée est intéressante, il faut faire appel à notre lecteur intérieur. Celui qui distingue, dans notre for intérieur, ce qui est bon de ce qui ne l'est pas lorsqu'on lit des livres, des articles, etc. Bref, si on aime quelque chose, nous, en tant que lecteur, il y a des chances que d'autres l'aiment aussi. On peut aussi appeler cela notre instinct. (p. 49)
Pas certain que votre instinct fasse du bon boulot? Encore le doute? Heureusement, il existe deux façons de reconnaître une bonne idée, selon l'auteur. D'abord, cette idée "produit toutes sortes de frissons, et même la chair de poule." De plus, elle se manisfeste par "un besoin viscéral de la conter et d'en parler." (p. 50)
Alors me revoilà à considérer Janus.
Pas de doute, j'ai les frissons, la chair de poule, alouette! Pour le besoin viscéral d'en parler... Moins sûr. Mais ça, c'est un peu normal. Je déteste parler de mes idées de romans. Même pour Enthéos, qui est écrit et publié, quand on me demande d'en parler, à brûle pourpoint, je bafouille toujours un peu. Je préfère écrire.
Source: Jean-Benoît Nadeau, Écrire pour vivre. Conseils pratiques pour ceux qui rêvent de vivre pour écrire. Montréal, Québec-Amérique, 2007. 416 pages.
26 janvier 2009
Borderline
J'ai déjà parlé ici du film Borderline tiré du roman du même nom (ainsi que du roman suivant, La Brèche). Il s'agit d'un film que j'ai beaucoup aimé et où le rapport à l'écriture est abondamment évoqué. Cependant, j'avais des réticences à me plonger dans la lecture des romans de Marie-Sissi Labrèche, car beaucoup disaient du film qu'il était bien meilleur que les romans dont il était issu.
Cependant, ces jours-ci, je suis en grande réflexion concernant mon prochain roman et je remets en question la narration qui, au départ, était au "je", entrouvrant la porte à l'autofiction. Pour m'alimenter un peu, j'ai donc décidé de lire quelques romans étiquetés comme des "autofictions" et j'ai mis la main sur Borderline.
Il n'y a rien de mieux que de se mettre à la lecture quand on n'a aucune attente sur un livre. Dans mon cas, non seulement je n'avais aucune attente, mais en plus, j'étais plus ou moins convaincue que le style ne me plairait pas, que je serais agacée par plein de détails dans le récit, dont l'abondance de sexualité. Bref, je m'attendais à ne pas vraiment aimer le roman.
Résultat? J'ai adoré.
Vraiment.
Pourquoi? Alors là, difficile à dire. Pour plein de petits détails, sans doute. Tous ces petits "rien" qui finissent, ensemble, par créer un "quelque chose" d'unique. Et de terriblement efficace.
Borderline est un roman au "je", où ce "je" est une femme blessée, fragile. C'est Sissi, habitée par son passé, par sa mère atteinte de maladie mentale, dominée par une grand-mère menaçante et protectrice à la fois. Un univers de femmes dysfonctionnelles qui forment néanmoins une famille. Sissi, à travers cela, se bâtit une identité, en surmontant son trouble de personnalité limite (borderline).
Et le style, très près de la langue parlée québécoise, truffé d'anglicismes et de sacres, est percutant. Et même si le récit est souvent très sexualisé, il ne tombe pas dans le voyeurisme et la vulgarité (et ça, je le redoutais sans doute plus que tout!).
Le résultat donne un roman fort et authentique et j'ai découvert en Marie-Sissi Labrèche un auteur de talent qui ajoute une pierre toute personnelle à l'édifice de la littérature québécoise.
Marie-Sissi Labrèche, Borderline. 2000, Montréal, Éditions du Boréal, coll. "Boréal Compact no. 143", 159 pages.
04 janvier 2009
Bilan lecture 2008
Ça semble un classique ici et là sur les blogues où je fouine, le traditionnel bilan de lecture de l'année terminée.
Dans mon cas, je n'ai pas commenté ici tous les livres qui ont passé dans mon collimateur au cours des mois, mais je vous en dresse ici la liste.
Évidemment, j'ai lu mes "recrues":
Janvier: Balade en train assis sur les genoux du dictateur, de Stéphane Achille
Février: Judas, de Tassia Trifiatis
Mars: Parfum de poussière, de Rawi Hage
Avril: Vandal love ou perdus en Amérique, de D.Y. Béchard
Mai: Petit guide pour orgueilleuse, de Annie L'Italien
Juin: La peau des doigts, de Katia Belkhodja
Juillet: Petites histoires avec un chat dedans (sauf une), de Véronique Papineau
Août: Compter jusqu'à cent, de Mélanie Gélinas
Septembre: Big bang, de Neil Smith
Octobre: Une pause pour moi, c'était Enthéos qui était commenté...
Novembre: Le Chef-d'oeuvre, de Sébastien Filiatrault
Décembre: j'ai sauté mon tour... fin de session obligeait (Du bon usage des étoiles, de Dominique Fortier)
Ensuite, j'ai lu (pas nécessairement en ordre chronologique):
Une brève histoire du tracteur en Ukraine, de Marina Lewyka
La danse de l'esquive, d'Émilie C. Lévesque
Journal d'un écrivain, de Virginia Woolf
Les Chroniques d'une mère indigne, de Caroline Allard
La deuxième vie de Clara Onyx, de Sinclair Dumontais
La Fabrication de l'aube, de Jean-François Beauchemin
Journal, de Marie Uguay
Le Ciel de Bay city, de Catherine Mavrikakis
Syngué Sabour pierre de patience, de Atik Rahimi
Au passage, d'Emmanuel Bouchard
Les Années, d'Annie Ernaux
La Porte des Enfers, de Laurent Gaudé
Qui se souvient de David Foenkinos?, de David Foenkinos
Chagrin d'école, de Daniel Pennac
L'élégance du hérisson, de Muriel Barbery
Je suis un écrivain japonais, de Dany Laferrière
Hadassa, de Myriam Beaudoin
Jeunauteur, de Stéphane Dompierre et Pascal Girard
Whisky et paraboles, de Roxanne Bouchard
Par un fil, de Jean-Nicolas Vallée
Pour un total de 30 livres lus, ce qui n'est pas extraordinaire, mais pas si mal non plus! Par ailleurs, j'ai beaucoup lu sur la Mésopotamie et sur Rome cet automne, mais ce ne sont pas des livres de fiction! Et, dans le contexte, c'était tout sauf un loisir.
Voici mon top 10, même si l'exercice de "classement" me donne quelques maux de tête et des pincements au coeur:
1) Les Années, d'Annie Ernaux: bouffée d'émotion, réflexion, profondeur du regard. MA lecture de l'année.
2) Hadassa, de Myriam Beaudoin. Une très, très belle écriture. Une belle découverte québécoise.
3) Whisky et paraboles, de Roxanne Bouchard. Une autre belle découverte québécoise. Un style particulier et une histoire pleine d'espoir.
4) Chagrin d'école, de Daniel Pennac. Un amour de l'enseignement que je partage avec l'auteur.
5) Compter jusqu'à cent, de Mélanie Gélinas. L'art qui transforme un cauchemard en poésie et en renaissance.
6) Les chroniques d'une mère indigne, de Caroline Allard. Pour réaliser qu'on est tous un peu "indigne"!
7) Journal d'un écrivain, de Virginia Woolf. Pour entrer dans les pensées d'un de mes écrivains favoris.
8) La Porte des Enfers, de Laurent Gaudé. Un roman qui flirte avec le fantastique, mais très émouvant.
9) Au passage, d'Emmanuel Bouchard. Une promenade sensible dans la basse-ville de Québec.
10) Jeunauteur, de Stéphane Dompierre et Pascal Girard. Une BD humoristique et lucide sur le quotidien de l'auteur.
14 septembre 2008
Au passage d'Emmanuel Bouchard
Je n'ai malheureusement que peu de temps pour me plonger dans mes lectures (en dehors de celles qu'il me faut faire pour la préparation de mes cours ces semaines-ci), mais j'ai quand même pris le temps d'une belle promenade intérieure au coeur du recueil de nouvelles Au passage, d'Emmanuel Bouchard.
Évidemment, j'étais curieuse de lire mon "jumeau" de publication. Pris sous l'aile d'Éric Simard lui aussi dans la foulée de la nouvelle collection Hamac, Emmanuel a publié son recueil le 19 août, en même temps qu'Enthéos. Nos livres sont donc des "jumeaux", au sens de leur date de parution sur les tablettes des librairies. Et comme le lancement officiel de Au passage avait lieu mercredi dernier, le 10 septembre, au sympathique café Babylone, je voulais avoir lu le livre pour pouvoir en dire deux mots à son auteur (qui, lui, avait déjà lu Enthéos et m'en avait donné son opinion.)
J'ai beaucoup aimé la prose d'Emmanuel, ses thèmes, ses personnages. Beaucoup de sensibilité et d'humanité, au fil des lignes. Une écriture maîtrisée, qui coule, sans corset ni racolage. Des lieux, aussi. Visités sous l'angle de la beauté cachée, d'un regard qui s'arrête, qui voit ce qui échappe souvent aux passants trop pressés. Ces lieux, ce sont mille et un endroits de la basse-ville de Québec. Parcs, rues, fonds de ruelles, épiceries du quartier. Décors humbles et intimes, pour des êtres qui se croisent, communiquent, réfléchissent.
Ce qui donne au final un recueil qui se lit presque comme un roman, avec une unité de lieux et des personnages qui, pour certains, réapparaissent au fil du récit.
Oui. Une très agréable promenade intérieure. Et une belle découverte littéraire.
Emmanuel Bouchard, Au passage. Québec, Septentrion, coll. "Hamac", 2008. 123 pages.
28 juillet 2008
Concours Bibliolys: ce que j'ai pensé de...
Histoire de Pi, de Yann Martel
Peu de romans ne m’ont émue aussi profondément que celui de Yann Martel, Histoire de Pi que j'ai lu durant l'hiver 2005.
Le livre raconte l’aventure peu banale du jeune Indien Pi Molitor qui, après le naufrage du paquebot qui devait l’emmener au Canada avec sa famille et une partie des animaux de leur zoo, réussit à se réfugier dans un canot de sauvetage en compagnie d’autres rescapés : un orang-outan, une hyène, un zèbre et un tigre du Bengale. Comment sauver sa peau? Comment établir un territoire pour chaque passager sur ce petit canot à la dérive sur l’Atlantique? L’esprit et le corps tendus vers un seul but, survivre, Pi va faire face, au jour le jour, à ce tigre redoutable.
L’histoire, d’abord, est intéressante en elle-même, ainsi que divers détails qui émaillent le roman, comme ceux qui ont trait à la culture indienne ou aux croyances religieuses indoues, chrétiennes et musulmanes, mais l’émotion que j’ai ressentie n’est pas liée à elle, mais à un autre niveau de lecture. Ainsi, sans que je ne vous donne ici une information névralgique, quelque chose bascule dans le récit qui vient lui donner un éclairage totalement différent et le lecteur ne peut qu’en être totalement bouleversé.
Si Histoire de Pi a valu à Yann Martel le prestigieux Booker Prize en 2002, c’est sans doute grâce au don de l’auteur pour raconter des fables. Car c’est ainsi qu’il faut voir Histoire de Pi : une fable qui se veut une réflexion sur la nature humaine.
24 juillet 2008
La Fabrication de l'aube
J’avais depuis un petit moment le livre de Jean-François Beauchemin, La Fabrication de l’aube, sur ma pile de livres à lire. J’en avais entendu du bien, à droite et à gauche. Et, surtout, j’étais intriguée par ce récit qui avait pour origine une période difficile dans la vie de l’auteur qui, après un coma, est resté hospitalisé de longs mois. Ayant moi-même été ébranlée par la maladie, j’étais curieuse de voir comment cela se transmutait en matériau artistique chez un autre, un peu comme j’avais été curieuse du Journal de Marie Uguay.
Malheureusement, je n’ai pas été touchée par cette prose. J’ai même fini par lire ce livre avec un certain agacement. Pas que ce soit mal écrit, au contraire. Jean-François Beauchemin a une plume poétique, ses images sont percutantes. Non. Le problème ne réside pas là. Je pense en fait que ce livre, très personnel, est plus à même de toucher des lecteurs qui connaissent déjà Jean-François Beauchemin et qui, après avoir connu son œuvre, s’intéressent à l’homme qu’il est et à sa vie, d’où est tiré le récit de La Fabrication de l’aube.
Un récit très personnel, donc. Qui traite essentiellement des êtres qui comptent dans la vie de l’auteur : ses frères, sa sœur, son père et sa mère. Et sa femme. Il y a aussi les animaux et la nature, à qui Beauchemin est attaché et qui imprègnent sa perception de la vie. Et surtout, il est question du processus d’écriture, de la naissance, chez l’auteur, du besoin d’écrire. De ses premières impulsions artistiques à sa carrière actuelle.
Tous ces ingrédients, liés par une prose souvent magnifique, auraient dû me toucher. Mais la magie n’a pas opéré. Trop lyrique, peut-être?
Un rendez-vous manqué.
Jean-François Beauchemin, La Fabrication de l'aube. Montréal, Québec Amérique, 2006, 115 pages. Coll. "Littérature d'Amérique".
21 juillet 2008
Tournée littéraire en vrac
Récemment, quelqu’un a insinué que je ne lisais pas beaucoup… J’en suis restée un peu pantoise.
Certes, je ne lis pas autant que bien des blogueurs-blogueuses dont les blogs sont essentiellement consacrés à la lecture, mais quand même! J'ai toujours hésité à dire que je lisais BEAUCOUP justement parce que je sais que je ne lis pas AUTANT que d’autres, tout comme je n’ose jamais dire que j’écris bien ou que je ne fais pas de fautes quand j’écris, parce qu’il m’arrive d’en faire (un peu moins que d’autres, c’est vrai).
Bref, une des raisons qui peut expliquer que j'ai l'air de lire peu est que je ne prends pas la peine de faire un billet pour chaque livre que je lis.
En fait, j’ai eu envie de vous parler de plusieurs de mes lectures des dernières semaines, mais le temps ne me l’a pas toujours permis. Je me décide donc à faire un billet en vrac, en attendant mieux.
Je suis un écrivain japonais de Dany Laferrière : ce livre se lit bien. Chaque chapitre est très court. L’histoire est abracadabrante et tourne autour d’un livre qui n’a même pas encore été écrit mais qui fait déjà parler de lui, en raison de son titre. J’avais bien hâte de lire enfin Dany Laferière que j’avais d’ailleurs rencontré en avril dernier au Salon du Livre de Québec et aussi de voir si le battage médiatique qui a entouré la sortie du roman en valait était justifié. On peut dire que Laferrière a parfois des traits de génie, mais le roman est inégal et verbeux. Ce fut toutefois une lecture fort divertissante.
Chagrin d’école de Daniel Pennac : Comme je voudrais écrire un billet juste pour m’étendre sur ce bouquin où il est question de l’école du point de vue des élèves mais aussi des professeurs! Un livre où il est question d’apprentissage mais, surtout, d’amour. Je conseille ce livre à tous ceux que le milieu scolaire intéresse de près ou de loin.
L’élégance du hérisson de Muriel Barbery: On m’avait dit beaucoup de bien de ce livre, donc, inévitablement, je m’étais fait des attentes. J’ai aimé, mais pas autant que je ne l’aurais voulu. C’est un livre intelligent qui frise cependant, par moment, le pédantisme intellectuel, ce qui peut agacer certains lecteurs. Les personnages sortent de l’ordinaire et la vision de la vie et du quotidien qui est présentée ici est originale. Le succès du roman est mérité.
Qui se souvient de David Foenkinos? de David Foenkinos: Un cadeau de ma collègue-blogueuse Caro[line] que j’ai lu avec bonheur. Ainsi, j’ai enfin su qui était l’auteur chouchou numéro 1! À travers ce roman où un auteur à succès connaît un passage à vide, j’ai eu beaucoup de plaisir. C’est drôle, bien tourné.
La deuxième vie de Clara Onyx de Saint-Clair Dumontais: Je reviendrai dans un autre billet sur ce livre qui sort de l'ordinaire dans le propos comme dans la forme. Ce roman déroutant et intelligent est le premier ouvrage de la nouvelle collection Hamac "redirigée".
Petites histoires avec un chat dedans (sauf une) de Véronique Papineau : notre recrue du mois de juillet dont j’ai parlé ici.
Compter jusqu’à cent de Mélanie Gélinas: notre recrue du mois d’août dont je ne vous parlerai pas avant le 15 août… Mais s’il vous tombe entre les mains, n’hésitez pas! Lisez-le!
Et actuellement, je lis le Journal d’un écrivain, de Virginia Woolf. Évidemment, j’ai l’intention d’en reparler ici car les extraits présentés dans ce journal ont été choisis parmi ceux qui concernaient de près ou de loin le processus d’écriture de Virginia Woolf, un de mes écrivains fétiches. C’est très instructif sur son état d’esprit et sur sa réalité de femme écrivain au début du XXe siècle. Passionnant.
Illustration: La lectrice, par Alain Huette.
