Soleil d'encrier: réflexions littéraires diverses de Julie Gravel-Richard

Réflexions et impressions de l'auteur Julie Gravel-Richard sur l'écriture, l'inspiration, la littérature québécoise et étrangère... et sur l'Art et la Vie.

25 juin 2009

Partir

PartirLaisser derrière soi le train-train quotidien. Le confort. Les habitudes. Les proccupations. L'angoisse.

Partir. Prendre le large. Respirer la mer. Le soleil.

Retrouver les ruines antiques, la terre des poètes et des philosophes.

Me retrouver.

Moi.

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02 juin 2009

Jeux de portes

rome_arc2Il y a de drôles de hasards.

Lors de mon congrès de l'APHCQ la semaine dernière, je devais assister à un atelier intitulé "Aux origines de l'État-Providence: Femmes et démocratie en Occident". Or, arrivée quelques minutes en retard, je me suis heurtée à une porte verrouillée.

Zut!

Ne voulant pas déranger l'assemblée comme une mauvaise étudiante retardataire, je me suis dirigée vers l'autre local où se tenait l'atelier "Les entrées royales du Moyen Âge au XVIIe siècle. Évolution et efficacité de la cérémonie."

La porte du local était grande ouverte.

Lorsque j'avais rempli mon inscription au congrès et choisi mes ateliers, ce titre m'avait laissée dans une indifférence totale. Or, c'était sans me douter de toute la force symbolique que j'allais découvrir au fil de cet exposé portant sur l'entrée des rois dans les villes du Moyen Âge, cérémonies et rituels fortement inspirés des traditions romaines, notamment lors des entrées en charge des consuls lors des Ides de janvier, sous la République.

Quoi? Vous ne voyez pas de lien ici?

Eh bien, c'est Janus qui est venu se manifester à mon esprit!

Oh! Salutaire inspiration! J'ai griffonné un bon quatre pages de notes dans un état de ravissement intellectuel qui m'a ragaillardie.

Et dire qu'une porte fermée m'a simplement redirigée sur le chemin de l'inspiration...

Source de l'image: http://finucan.com/Foreign/Italy/Rome/rome-arc2.jpg

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15 décembre 2008

Janus

janus_smallUne intuition. Un flash.
C'est ce qui me manquait, peut-être, pour remettre en branle mon processus créatif.
Ce flash est venu. Récemment. En plein cours sur la religion romaine. Une remarque d'un étudiant. Ma réplique.
Oui. Un fait divers, presque. Mais qui fait soudainement une lumière différente, qui donne l'angle d'approche d'une histoire qui, sans cela, n'allait pas très loin.

Janus.

Ça ne vous dit rien?
Tant pis. Je n'ai pas l'intention d'en dire plus pour le moment. Mais pour moi, ce dieu des portes a ouvert devant moi une succession de passages que je vais explorer à loisir.

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13 décembre 2008

Autofiction

waterhouseMarianaDepuis quelque temps déjà je réfléchis au mode narratif de mon prochain roman et j'envisage peut-être de me risquer à l'autofiction.

Je sais que bien des gens méprisent ce type d'écriture, en le voyant comme un sous-genre de la littérature. Comme s'il ne s'agissait, pour les auteurs qui pratiquent l'autofiction, que de se gratter les bobos et de se regarder le nombril, sans aller très loin dans la réflexion.

Or, il existe de l'excellente autofiction, comme de la très mauvaise, au même titre qu'il y a de bons romans à la 3e personne et des ratages complets. Mais au départ, ce n'est pas parce qu'une oeuvre est écrite selon un mode d'autofiction qu'elle est systématiquement moins bonne qu'une autre.

Pour ma part, j'ai peu lu d'autofiction. Mais j'aime cependant énormément l'écriture d'Annie Ernaux qui est, selon moi, un maître dans l'art autofictionnel. Son dernier roman, Les années, même s'il n'est pas "vraiment" un roman d'autofiction parce que, selon les puristes, la narration n'est pas à la première personne (en fait, Ernaux parle d'elle à la 3e personne, ce qui donne une distance et pourtant, une proximité en même temps, avec son personnage), est son propre récit à travers les années. C'est un des meilleurs livres que j'ai lus ces derniers temps.

En fait, ma réflexion concernant l'autofiction s'est amorcée avec le visionnement du film Bordeline, dont j'avais d'ailleurs parlé ici. Le travail que Marie Sissi Labrèche a réussi à faire à partir de sa propre vie, de sa relation avec sa mère et sa grand-mère m'a intriguée et inspirée. Une de mes idées de romans (je note toutes mes idées que je range ensuite en dossiers, sur mon ordinateur, jonglant de temps en temps avec l'une ou l'autre, essayant parfois des croisements... au grè de mes envies et de mes coups de coeur) est justement propice à travailler sur un mode d'autofiction... Mais ai-je envie de plonger? Cela reste à voir.

Pour les curieux, il est possible d'aller lire ce que dit Wikipedia sur ce genre littéraire:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Autofiction
Et, à ce que j'en ai compris, il n'est pas nécessaire d'écrire au "je" pour faire de l'autofiction. Pour qu'il y ait autofiction, il faut que le récit soit tiré de faits réels (qui peuvent être ensuite romancés) et que l'auteur soit le narrateur et le personnage principal.

Illustration: Mariana in the South, par John William Waterhouse.

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18 juin 2008

Mon réservoir intérieur

Maintenant que la publication d'Enthéos est sur les rails, que l'été m'apporte le temps nécessaire pour décanter mes idées et me laisser aller à la rêverie qui, lorsque je m'y laisse couler assez longtemps, finit par ouvrir sur l'inspiration, je commence à entrevoir le prochain roman.

Et alors que j'analyse le processus de maturation d'Enthéos afin de m'orienter pour établir les bases de mon prochain projet, je relis les mots de Gabrielle Roy et j'y trouve écho à mon état d'esprit:

" Je pressentais que je devenais moi-même comme un vaste réservoir d'impressions, d'émotions, de connaissances, pratiquement inépuisable, si seulement je pouvais y avoir accès. Mais avoir accès à ce que l'on possède intérieurement, en apparence la chose la plus naturelle du monde, en est la plus difficile." (Gabrielle Roy, La détresse et l'enchantement, Montréal, BoréalExpress, 1984. p. 221)

En cela réside la difficulté avant de replonger dans la transe de l'écriture: retrouver l'accès à mon réservoir intérieur. 

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18 février 2008

Borderline: l'autofiction sur la brèche

Borderline_filmMalgré mon emploi du temps chargé, j’ai réussi à aller voir le film Borderline en fin de semaine. J’en avais lu du bien, tant dans les journaux que chez des amis blogueurs, comme Jules. Mais surtout, j’avais hâte de constater cette adaptation de deux romans d’autofiction écrits par Marie-Sissi Labrèche.

Je vous le dis d’emblée, j’ai été comblée par ce film. Je ne m’attarderai pas ici sur ses qualités cinématographiques, sa réalisation, son rythme, sur le jeu sans faille d’Isabelle Blais ou celui d’Angèle Coutu. En fait, je veux plutôt parler du sujet principal du film : l’écriture. Car ce qui m’attirait, c’était que le personnage principal, Kiki (alter ego de Marie-Sissi Labrèche), est en pleine rédaction de son premier roman.

J’ai beaucoup aimé l’évocation des difficultés de Kiki face à l’écriture. Le conseil de son directeur de maîtrise est simple : puiser dans sa vie les éléments qui nourriront le récit. Et quelle vie! Une relation chaotique avec sa mère atteinte de maladie mentale, une grand-mère autoritaire et hantée par la mort de ses deux bébés, un père absent, et, par dessus tout, une dépendance affective incontrôlée qui la pousse à une sexualité débridée et destructrice. Kiki écrit, remonte le temps, revoyant sa vingtaine éclatée, son enfance erratique. À travers cela s’insèrent sa liaison avec son professeur marié, sa thérapie de dépendante affective et la tentative de se laisser apprivoiser par l’amour, celui qui ne détruit pas.

Après le visionnement de Borderline, j’ai continué à réfléchir à ce choix littéraire de l’autofiction. Je sais qu’il connaît une certaine vogue, surtout quand il évoque les déboires sexuels des protagonistes, telles Nelly Arcand ou Marie-Sissi Labrèche. Quant à moi, je n’avais jamais considéré puiser dans l’autofiction pour nourrir ma prose. Et pourtant, j’ai vu, à travers Borderline, les possibilités qui s’ouvrent à l’auteur qui s’y plonge. Qui sait? Je m’y essaierai peut-être un jour.

Borderline. Un film réalisé par Lyne Charlebois et adapté des romans Borderline (2000) et La brèche (2002) de Marie-Sissi Labrèche. Interprétation d’Isabelle Blais, Angèle Coutu et Sylvie Drapeau. Durée 1h50. En salle depuis le 8 février 2008.

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18 janvier 2008

L'idée qui germe

germinationLe roman sur lequel je travaille actuellement a pris pratiquement neuf ans à germer. En fait, il est issu d'un long processus d'incubation qui a débouché sur une écriture rapide, qui s'est révélée, pour moi, une délivrance. Enfin, j'accouchais de cette histoire incrustée en moi. Enfin, je sortais mes fantômes hors de moi. Je leur ai donné chair en les mettant sur papier. Et j'ai pu respirer.

Mais cette délivrance a aussi fait place à un vide. Un doute.

Et si je n'étais plus capable de trouver d'autres idées? Si le roman que je venais d'écrire restait le seul digne de ce nom?

Évidemment, en pleine période de réécriture de mon manuscrit, j'arrive souvent à repousser cette idée. Je suis encore liée à mon roman Enthéos. Mon esprit a rarement le temps de vagabonder, de suivre les chemins du rêve qui finissent, parfois, par mener à l'inspiration.

Pourtant, la crainte, le doute sont bien présents. Pour contrer cette impression de stérilité, dès qu'une idée surgit, je la note. J'ai donc bâti un dossier "idées" où je consigne toutes ces impulsions, ces éclairs passagers qui me font croire qu'un autre roman est à ma portée. Malheureusement, peu de ces idées résistent à la relecture.

Cependant, j'ai saisi une impression fugace en mai dernier. J'étais alitée, ayant à ma disposition quelques heures de pure flânerie. Assez pour entrevoir des personnages. Des impressions, des ambiances. Oui... Peut-être quelque chose. Peut-être. L'idée repose depuis. Trois pages de notes.

Je suis revenue régulièrement à cette idée. Mais il manque encore beaucoup d'éléments qui m'amèneraient à développer véritablement une histoire.

Mais voilà peut-être ce que j'attendais: hier, alors que je cherchais le sommeil, j'ai surpris mon personnage à poser un geste. Et ce geste a révélé tout un pan de l'histoire intérieure du personnage. Ce geste, à lui seul, vient donner toute une profondeur à l'histoire que j'entrevois. Alors j'ai su. J'ai senti qu'il y aurait un autre roman.

Il y aura un "après" Enthéos.

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26 septembre 2007

Quelques minutes suffisent

horlogeDans mon processus d'écriture, j'ai absolument besoin d'une donnée de base: du temps. Oh! pas énormément: quelques minutes suffisent parfois.

Ce temps m'est utile pour laisser défiler mes pensées. Je vagabonde, je repasse en revue mes journées, des souvenirs plus lointains, je revois certaines conversations que j'ai entendues, des propos que j'ai tenus... Je ne m'attarde à rien, je laisse filer mes pensées. Puis, (mais cela n'est possible que si j'ai devant moi plus de trente minutes de répit) une idée survient. Un personnage, un dialogue, une réflexion de fond à exploiter éventuellement. Si l'idée se précise, si elle m'apparaît séduisante, forte, je la note. J'ai tout un dossier où je confine ces notes. Plusieurs resteront inutilisées, d'autres seront fusionnées pour donner autre chose, feront peut-être naître une histoire.

Quand ma vie me laisse ce temps, le processus de création refait surface. Ce matin, par exemple, exténuée par mes traitements de chimiothérapie, j'ai passé un long moment couchée, à laisser filer mes pensées. Et voilà qu'après quelques minutes, j'étais en mode création. Simplement. Alors que depuis plusieurs jours, voire des semaines, je m'étais complètement arrêtée, happée par mes autres préoccupations quotidiennes.

Mais je l'ai déjà évoqué, ma vie n'est pas centrée uniquement sur l'écriture. Au contraire, l'écriture est inhérente à ma vie. C'est pour cela que j'accepte le fait d'être de longues périodes sans écrire, sans mettre au point quoi que ce soit en vue d'un projet quelconque. À une certaine époque, cela me frustrait. Maintenant, j'ai compris que ma vie est comme la mer, avec ses va-et-vient.  Si je veux y naviguer, il me faut apprendre à utiliser le courant. Et non lutter contre lui.

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04 septembre 2007

Se souvenir ou imaginer: l'apport biographique

imagination_treeOn dit souvent que le premier roman d'un auteur est autobiographique.

Est-ce un défaut?

En ce qui me concerne, mon roman (qu'il soit le premier ou le deuxième, je ne sais pas vraiment où j'en suis... Considère-t-on comme un premier roman le premier écrit ou le premier publié?) est truffé de références qui puisent à même mon expérience de vie, mes connaissances. J'y expose beaucoup ma façon de voir la vie.

Pierre Tisseyre, dans L'Art d'écrire, consacre un chapitre à la conception du roman dans lequel il traite de l'imagination de l'auteur versus son souvenir.

En fait, si on en croit Marcel Proust, «l'écrivain qui imagine se situe à un niveau plus élevé que lorsqu'il se souvient.» Il faut donc aller plus loin que nos simples souvenirs si on veut parvenir à un degré plus élevé sur le plan littéraire.

L'auteur devrait chercher à «faire vrai» et non à «être vrai». «La vérité littéraire n'a que peu à voir avec la vérité tout court, car ce n'est pas le fait que l'on raconte, pour authentique qu'il soit, qui convainc le lecteur, mais l'impression qu'il va en garder en continuant sa lecture.»

Comme il est plus facile de se baser, pour «faire vrai» sur des souvenirs réels, il n'est pas surprenant que les auteurs débutants puisent dans leur propre vie pour le matériau de leur premier roman. D'ailleurs, Pierre Tisseyre constate le fait et l'encourage: «un auteur débutant aurait bien tort de ne pas chercher dans sa propre vie le sujet de son premier roman, car pour bâtir un livre uniquement sur les fruits de son imagination, il faut déjà plus de métier que pour habiller ses souvenirs. À condition toutefois de ne jamais oublier que donner l'impression d'être vrai est l'objectif à atteindre, et non pas de se faire le mémoire fidèle de la réalité.»

Ainsi, mon roman comprend plusieurs éléments autobiographiques. J'ai puisé dans mes souvenirs d'étudiante universitaire, dans mes lectures, dans mes souvenirs de mon voyage en Grèce... Je me suis inspirée des lieux de mon quartier ou même de gens de mon entourage... Mais cela, par la suite, amène (je l'espère) au-delà de la simple histoire autobiographique. 

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