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Gabrielle Roy, une écrivaine que j'adore -et peut-être même mon écrivaine préférée- a écrit à la toute fin de sa vie à propos du temps qui lui a manqué. 

Ces dernières pages de l'auteure ont paru justement sous le titre Le temps qui m'a manqué et c'est la suite inachevée de son autobiographie La détresse et l'enchantement

Ce temps qui a manqué à Gabrielle Roy, c'est celui d'avoir pu annoncer à sa mère que l'écriture la faisait vivre désormais. Ainsi aurait-elle pu rassurer celle qui s'était épuisée à faire rouler la maisonnée au prix de tant de sacrifices. Or, Mélina Roy est décédée quelques jours avant que sa fille ait pu lui annoncer la nouvelle. Une peine inconsolée pour l'écrivaine.

Manquer de temps, c'est ma hantise, à moi aussi. Réussir à écrire tous les romans qui attendent dans le fouillis de mon esprit. Qui se bousculent entre eux, alors que je me demande lequel obtiendra la priorité lorsque je reprendrai le clavier, quand Orphée sera terminé. 

Mais j'ai tant de choses à faire, la vie va si vite... Tant de feux à éteindre, toujours plus urgents les uns que les autres. 

Alors je me rappelle cette réflexion qu'un jour une conférencière en gestion a eue alors qu'elle cherchait à illustrer la gestion du temps: 

Elle a mis un bocal sur une table devant l'assistance, l'a rempli jusqu'au bord de gros cailloux. Elle en a ensuite ajouté de plus petits pour combler les vides. Y avait-il moyen d'ajouter quelque chose? Oui: du sable. Alors elle en a versé jusqu'à ce que le pot en soit plein. Pouvait-elle ajouter encore quelque chose? Non? L'assistance hésitait. Alors elle a pris une bouteille d'eau et en a versé le contenu dans le bocal.

La conférencière a questionné le public: "Quelle leçon peut-on tirer de cette démonstration?" Plusieurs ont répondu qu'on réussissait toujours à faire rentrer quelque chose dans un horaire chargé, même quand on croit que rien ne peut plus être ajouté...

Eh bien non! Elle a conclu: "Ce qu'il faut retenir, c'est que si je n'avais pas fait entrer les gros cailloux au début, ils n'auraient pas pu être ajoutés par la suite."

Voilà. 

Éteindre des feux... mais ne pas oublier que, dans le temps qui m'est donné, je dois tout faire pour qu'écrire soit un "gros caillou" dans l'ordre de mes priorités. 

Ce n'est pas toujours facile... Le travail à plein temps, les enfants, les amis, l'organisation du quotidien. Tout un tas d'anniversaires importants qui se succèdent ces semaines-ci (dont le mien!) alors j'en suis encore à quelques pages de terminer ma seconde version d'Orphée.