Georgia Russell Orlando VW

Je vous ai parlé de ma difficulté à trouver mon fil d’Ariane à travers le récit de mon roman Orphée. En fait, dans les commentaires que m’a faits mon directeur littéraire, revient souvent la remarque : «Rien n’est raconté.»

Et ça me fait énormément réfléchir.

En fait, il y a longtemps que je m’analyse dans l’écriture et une des choses qui m’apparaît clairement, c’est que ce qui m’intéresse, au-delà d’une histoire, c’est la réflexion sous-jacente de la vie. Des réflexions humaines. Les grandes questions existentielles. Ce qui me fascine, c’est ce qui passe dans la tête de mes personnages. Leur vision de la vie, du monde. Leur analyse.

C’est peut-être trop cérébral. Trop intellectuel?

Je ne sais pas.

Mais je me regarde écrire, m’écoute penser. Et je repense aux écrivains que j’admire (que je vénère, devrais-je dire !), comme Virginia Woolf ou Gabrielle Roy qui se sont attardées à offrir une vision du monde, de l’âme humaine. Virginia Woolf, tout spécialement, avec le «stream of consciousness», ce flux de la conscience où les pensées du personnage vont dans tous les sens, épousant la réflexion réelle telle qu’elle survient dans notre esprit. Et dans ses romans, justement, l’intrigue est à peu près absente. On ne «raconte» rien, si ce n’est une intériorité. Anne Bragance, dans son article «Une œuvre d’eau et de lumière», en parle en ces termes : «Le roman woolfien jamais ne propose d’événement spectaculaire ; il est pure saisie du flux de vie, il s’attache, il s’acharne parfois à courtiser le temps (…) Il met en évidence le contraste entre temps «intérieur» et temps «extérieur».»

Oui. Balancer entre le temps intérieur et le temps extérieur. Pas facile. Mais j’essaie.

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Article cité: Anne Bragance, "Une oeuvre d'eau et de lumière", in Le Magazine littéraire- Virginia Woolf, collection "Nouveaux regards", pp. 109-115.

Image: Orlando, de l'artiste écossaise Georgia Russel, qui utilise les livres pour les transformer en oeuvre d'art. Source: England & Co.