Tubes et pinceaux JGR

Je peins.

Bon. «Peindre» est peut-être un grand mot, ici. Qu'importe. C'est ce que je fais. Ce que j'ai fait une bonne partie de mon adolescence, jusqu'à mon entrée au cégep. Ma dernière toile terminée et signée remonte à l'automne 1991.

Dans la foulée des bouleversements qui ont entouré mon diagnostic de tumeur au cerveau, fin 2001, une grande part de mon angoisse a été (et demeure) liée au risque de perdre l'usage de la parole et de l'écriture. Or, un des moyens que j'ai trouvé pour m'apaiser quelque peu a été d'envisager, dans cette éventualité, de me tourner vers la peinture. Si un jour, les mots ne trouvent plus leur passage en moi, il me restera la peinture. Des univers se sont alors ouverts devant moi. Des dizaines, des centaines de toiles à venir. Ma vie ne se résumerait pas au silence et à l'enfermement intérieur. Non. Il me reste encore cet espace de lumière.

Alors que j'avance dans l'écriture d'Orphée, ce roman tissé autour du thème de la mémoire, beaucoup d'images me hantent, notamment des paysages du Saint-Laurent, le lieu principal où se déroule le récit. Et depuis des mois, maintenant, j'avais en tête de me remettre à peindre. Juillet et les vacances s'y sont enfin prêtés et me revoilà devant la toile. Inspirée. Heureuse de m'enivrer de l'odeur d'huile de lin, de retrouver mes pigments, mes pinceaux.

Et la peinture vient alimenter mon écriture dans l'espace qu'elle me permet dans mes pensées, mes réflexions. Et l'écriture nourrit ma peinture en lui fournissant mille et un détails à rendre visuels, alors qu'ils n'étaient que conceptuels.

On verra ce que ça donnera. Si l'inspiration se poursuit et que le résultat est à la hauteur de ce que je souhaite. Qui sait? Je pourrais envisager une mini-exposition lors de la parution du livre?

Pour le moment, je savoure ce plaisir retrouvé. Et l'impression de me plonger au pays de mon roman, d'y marcher. De le réinventer au-delà des mots.

JGR fleuve et glaces