Julie_Eastman_riviereLe mois d’août est déjà derrière nous et je m’en voudrais de ne pas revenir sur mon expérience aux Correspondances d’Eastman… car ce fut, ma foi, un moment hors du temps. Une parenthèse de lenteur, de réflexion, de discussions. De passion des lettres, bien sûr. Mais d’amitié, aussi. D’amour, oui. Dans un univers majestueux, sous un soleil radieux ou sous la bise (la température se faisant un peu capricieuse!), parler de livres, de poésie, d’inspiration… d’écriture, quoi. Sous tous ses angles.

Rencontres inespérées, c’était le thème. Ô, inespéré, ce fut! Des rencontres, oui. Beaucoup. Certaines trop brèves (ClaudeL!), d’autres manquées (Myriam Beaudoin, par exemple, absente pour des raisons familiales… Karine, où donc étais-tu?) certaines à peine savourées (Catherine, j’en aurais pris plus!) mais d’autres, particulièrement inspirantes… notamment avec nos hôtes, Venise et Marsi sans qui, je pense, cet effet de doux flottement ne me poursuivrait pas encore.

Rencontres inespérées, donc. Des cafés littéraires aux thèmes passionnants sur lesquels je ne reviendrai pas en détails (Venise l’a fait amplement), mais sur deux. Un premier autour du thème « L’absent » où j’ai écouté avec délectation une de mes auteures favorites, la poétesse Hélène Dorion parler de son inspiration et de son émerveillement devant l’univers, enfant, impressionnée par un ciel étoilé. Ô frisson lorsqu’interrogée sur «Le» livre marquant pour elle, elle a parlé des Vagues de Virginia Woolf, roman qui m’a particulièrement marquée. Une femme lumineuse, Hélène Dorion. Profonde et ancrée dans la vie. Une très belle rencontre.

Autre café littéraire qui retient mon attention, celui intitulé "Histoires de livres". Discussion enlevante entre Dominique Fortier, Naïm Kattan, Dany Laferrière et Yvon Rivard. Histoires de livres… N’est-ce pas fascinant d’inclure les livres dans les livres? De parler de livres, en écrivant des livres? Ce thème m'interpelle, bien sûr, ayant mis au centre d’Enthéos Les nourritures terrestres. J’ai même osé une intervention à la fin de l’entretien, pour revenir sur une remarque de Dany Laferrière sur les référents qui se perdent chez les jeunes (il avait donné en exemple «le coq qui chantera trois fois»… qui n’avait eu aucun écho chez un groupe d'adolescents auxquels il s’adressait, et il s’était désolé du fossé culturel creusé petit à petit entre les jeunes générations et les précédentes). Comme c’est un sujet qui me préoccupe, j’ai posé la question : «Se sentent-ils responsables, d’une certaine façon, à travers leur écriture, de transmettre un héritage, de faire découvrir des œuvres oubliées par le biais de leurs écrits?» Les réponses furent enthousiastes et éclairantes.

En vrac, je retiens : la générosité de Dany Laferrière, humble et plein d’attention pour les autres auteurs présents et pour le public. L’hommage qui lui a été rendu le samedi soir, avec une lecture d’un collage de ses textes, était mérité. Et l’entendre lire un extrait de L’Énigme du retour, de sa voix lente aux accents qui lui sont propres, valait le déplacement et le lunch pris en vitesse, entre deux activités! Les éclats de rires à écouter Clémence Desrochers, résonnent encore en moi. Et la beauté d’Eastman, les jardins, la rivière… Le sourire des organisateurs (trices!) Le plaisir des discussions autour des bonnes bouffes de Marsi. L’écriture, paisible, de lettres à mes proches. Ces rencontres (in)espérées qui m’ont tant marquée et qui continuent de le faire.