Parfois, les mots des autres expriment mieux notre état intérieur que nous pourrions le faire. Alors je m'efface derrière Paul Auster:

"Le simple fait d'errer dans le désert n'implique pas l'existence de la Terre promise."

Concernant mon projet de Janus:

"Au début, j'ai imaginé que cela viendrait spontanément, dans un épanchement proche de l'état de transe. Mon besoin d'écrire était si grand que je voyais l'histoire se rédiger d'elle-même. Mais jusqu'ici, les mots arrivent très lentement. Même les meilleurs jours, je n'ai pas réussi à faire plus d'une ou deux pages. Comme si j'étais en butte à une malédiction, à une défaillance de l'esprit, qui m'empêchent de me concentrer. Cent fois j'ai vu mes pensées s'égarer loin de leur objet. Je n'ai pas sitôt formulé une idée que celle-ci en évoque une autre, et puis une autre, jusqu'à une telle densité d'accumulation de détails que j'ai l'impression de suffoquer. Je n'avais jamais eu autant conscience du fossé qui sépare la pensée de l'écriture. En fait, depuis quelques jours, il me semble que l'histoire que j'essaie de raconter est incompatible avec le langage, qu'elle résiste au langage dans la mesure exacte où j'arrive près d'exprimer une chose importante, et que, le moment venu de dire la seule chose vraiment importante (à supposer qu'elle existe), j'en serai incapable."

Paul Auster, L'invention de la solitude. Traduction de Christine Le Boeuf. Paris, Actes Sud, 1988, p. 44-45.