Soleil d'encrier: réflexions littéraires diverses de Julie Gravel-Richard

Réflexions et impressions de l'auteur Julie Gravel-Richard sur l'écriture, l'inspiration, la littérature québécoise et étrangère... et sur l'Art et la Vie.

13 décembre 2008

Autofiction

waterhouseMarianaDepuis quelque temps déjà je réfléchis au mode narratif de mon prochain roman et j'envisage peut-être de me risquer à l'autofiction.

Je sais que bien des gens méprisent ce type d'écriture, en le voyant comme un sous-genre de la littérature. Comme s'il ne s'agissait, pour les auteurs qui pratiquent l'autofiction, que de se gratter les bobos et de se regarder le nombril, sans aller très loin dans la réflexion.

Or, il existe de l'excellente autofiction, comme de la très mauvaise, au même titre qu'il y a de bons romans à la 3e personne et des ratages complets. Mais au départ, ce n'est pas parce qu'une oeuvre est écrite selon un mode d'autofiction qu'elle est systématiquement moins bonne qu'une autre.

Pour ma part, j'ai peu lu d'autofiction. Mais j'aime cependant énormément l'écriture d'Annie Ernaux qui est, selon moi, un maître dans l'art autofictionnel. Son dernier roman, Les années, même s'il n'est pas "vraiment" un roman d'autofiction parce que, selon les puristes, la narration n'est pas à la première personne (en fait, Ernaux parle d'elle à la 3e personne, ce qui donne une distance et pourtant, une proximité en même temps, avec son personnage), est son propre récit à travers les années. C'est un des meilleurs livres que j'ai lus ces derniers temps.

En fait, ma réflexion concernant l'autofiction s'est amorcée avec le visionnement du film Bordeline, dont j'avais d'ailleurs parlé ici. Le travail que Marie Sissi Labrèche a réussi à faire à partir de sa propre vie, de sa relation avec sa mère et sa grand-mère m'a intriguée et inspirée. Une de mes idées de romans (je note toutes mes idées que je range ensuite en dossiers, sur mon ordinateur, jonglant de temps en temps avec l'une ou l'autre, essayant parfois des croisements... au grè de mes envies et de mes coups de coeur) est justement propice à travailler sur un mode d'autofiction... Mais ai-je envie de plonger? Cela reste à voir.

Pour les curieux, il est possible d'aller lire ce que dit Wikipedia sur ce genre littéraire:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Autofiction
Et, à ce que j'en ai compris, il n'est pas nécessaire d'écrire au "je" pour faire de l'autofiction. Pour qu'il y ait autofiction, il faut que le récit soit tiré de faits réels (qui peuvent être ensuite romancés) et que l'auteur soit le narrateur et le personnage principal.

Illustration: Mariana in the South, par John William Waterhouse.

Posté par Julie GravelR à 21:27 - Inspiration - Commentaires [14] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Moi j'aime bien ce style d'écriture. Tu me rappelles que je veut lire le dernier d'Annie Ernaux que j'aime beaucoup!

Petite question: Et quoi encore de Denise Bombardier-que je suis en train de relire-, en serait un bouquin d'autofiction?

Posté par !Béo!, 14 décembre 2008 à 11:16

le "je" qui énerve

J'aime l'autofiction mais je commence à presque être repoussée par le roman nombriliste. Il semble y avoir une contradiction, il y en a peut-être mais je suis comme toi, en réflexion, mais une réflexion de lectrice.
L'autofiction, le jeu du je assumé qui plonge vraiment, qui se délecte dans le genre, parfait. Tandis que le roman qui se dit "roman" et dans lequel tu plonges pour réaliser que le personnage narrateur est un prétexte pour faire passer toutes les opinions de l'auteur, ça m'énerve, d'autant plus si l'auteur m'énerve.
Autrement dit, ça me fait penser un peu à un blogue, qui va penser suivre un blogue, pas journalistique mais un blogue au "je", suivre un blogue d'un blogueur qui lui tape sur les nerfs ?
La distance est moins grande entre le lecteur et le "je" dans l'autofiction.
En plus, il doit bien y avoir plein de judicieuses règles à suivre, je suppose en tout cas, parce que mon propos est celui d'une lectrice, pas d'une pro de l'édition ... et il me semble qu'il y a des pros de l'édition qui font de l'autofiction qui seront de bon conseil :-)

Posté par Venise, 14 décembre 2008 à 11:17

Béo: Si tu aimes Ernaux, tu vas adorer Les années! J'en ai été profondément bouleversée. J'avais rarement pleuré comme ça à la lecture d'un livre.
Pour le Bombardier, je ne sais trop... J'ai vu la description du livre, et je ne pense pas que ça en soit. C'est une projection, sans doute, mais la Jeanne du roman n'est pas la Denise qui écrit, non?

Venise: Ta remarque est pertinente. L'auteur fait toute la différence. En plus, comme c'est une écriture très personnelle, évidemment, il faut embarquer dans l'état d'esprit et les valeurs du personnage principal/auteur. Quand on n'embarque pas, alors la lecture n'est pas intéressante et agréable. Comme je le disais, je suis actuellement en réflexion. Je vais peut-être écrire un premier essai au "je", ensuite voir ce que ça donne avec un autre type de narration. Et je verrai avec quoi je me sens le plus à l'aise.

Posté par Julie GravelR, 14 décembre 2008 à 13:26

Merci pour ta réponse, elle confirme mon idée que la Jeanne n'est définitivement pas Denise ;)

J'ai noté pour Les années et je pense bien le commander bientôt s'il n'est pas offert dans mon circuit de "bookring".

Posté par !Béo!, 14 décembre 2008 à 14:14

Évidemment, je me réjouis de ton billet. Je me sens moins seul à défendre ce genre littéraire. Je rêve aussi d'en publier dans la collection Hamac. J'ajouterais, en guise de conclusion, qu'un bon livre est bon livre peu importe son genre. Le principal ingrédient (et qui fait toute la différence) est l'âme que lui insuffle l'auteur. Et ça, ça ne court malheureusement pas les rues.

Posté par Éric, 14 décembre 2008 à 15:15

Tellement ça!

"Un bon livre est bon livre peu importe son genre."

Voilà. Tout a été dit. Ou écrit. Merci, Julie.

Posté par Martin D., 14 décembre 2008 à 21:47

Un rêve réalité non ?

@ Éric, Je ne sais pas si tu vas revenir faire un tour ici mais je considérais "Cher Émile" comme de l'autofiction et c'est publié chez Hamac, pourquoi parles-tu de rêve alors ?

Est-ce que tu veux dire qu'il manque de manuscrits d'autofiction ou qu'il y a une limite qui est imposée pour cette littérature ?

Posté par Venise, 14 décembre 2008 à 21:54

Venise, oui "Cher Émile" est une autofiction. J'ai ce rêve en tant que directeur littéraire. Les manuscrits autofictionnels sont rares.

Posté par Éric, 14 décembre 2008 à 22:06

Autofiction

Si tu sens que tu dois écrire une autofiction, je t'encourage à le faire. Les critiques contre l'autofiction ne devraient pas t'affecter. J'espère lire ça d'ici quelques mois ou quelques années. :)

Posté par Maphto, 14 décembre 2008 à 22:55

À la sortie d'un album particulièrement rock et éléctrique (Bitches Brew, 1970), un journaliste a demandé à Miles Davis si c'était encore du jazz. Réponse du grand trompettiste: « Je ne sais pas, je ne connais que deux sortes de musique: la bonne et la mauvaise...»

Posté par Martin, 15 décembre 2008 à 00:39

Kossé ça?

Kossé ça, l'autofiction? Pas un genre littéraire, en tout cas. Le mot n'existait pas y a vingt ans, les amis. Ni quinze. Ni soixante-dix quand Henry Miller écrivait dans la joie et le misère, ni quatre-vingts quand Blaise Cendrars...

Comeon. Enough niaising. À vos claviers.

Posté par Mistral, 15 décembre 2008 à 01:09

Béo: Tu devrais arriver à trouver Les années assez facilement...

Éric: J'espère juste que j'aurai ce qu'il faut d'âme à insuffler à ce récit! Et je suis bien d'accord avec ton commentaire: un bon livre est un bon livre, peu importe son genre.

Martin D.: Tu soulignes en effet l'important dans tout ça!

Venise et Éric: Tiens, je ne savais pas que c'était si "rare", l'autofiction. Je pensais au contraire qu'on était devant une mode, chez les jeunes auteurs?

Martin: Belle analogie avec la littérature! Je partage parfaitement cette réflexion.

Mistral: Tu soulèves un excellent point. L'autofiction entre dans le roman. Point. Mais surtout: trêve d'intellectualité et de questionnements bidons sur la narration de mon roman: je file écrire!

Posté par Julie GravelR, 15 décembre 2008 à 13:40

Yé!

Posté par Mistral, 16 décembre 2008 à 19:30

Je trouve intéressant cette idée de « sous-genre » littéraire. Sans m'avancer sur quoique ce soit, je trouve assez étrange qu'on distingue ce genre des autres car à mon avis il n'y a de genre que là où on le veut bien. La littérature est la littérature. Bonne ou mauvaise, elle a toujours le mérite de transcender les guerres, les époques, les maladies, la mort. Les mots sont, à mon avis, une sorte de mémoire génétique d'un peuple, d'une société.

D'un autre côté, quel auteur ne fait pas d'autofiction en écrivant? Aucun! Il est impossible, voir improductif, de soustraire sa vie, son expérience, ses questionnements personnels, ses obsessions, ses doutes ou ses convictions, d'une oeuvre. L'oeuvre peut-être fictive mais à la base, il reste un fruit composé de fragments biographiques.

Posté par Tristan Rêveur, 11 janvier 2009 à 12:00

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