horlogeDans mon processus d'écriture, j'ai absolument besoin d'une donnée de base: du temps. Oh! pas énormément: quelques minutes suffisent parfois.

Ce temps m'est utile pour laisser défiler mes pensées. Je vagabonde, je repasse en revue mes journées, des souvenirs plus lointains, je revois certaines conversations que j'ai entendues, des propos que j'ai tenus... Je ne m'attarde à rien, je laisse filer mes pensées. Puis, (mais cela n'est possible que si j'ai devant moi plus de trente minutes de répit) une idée survient. Un personnage, un dialogue, une réflexion de fond à exploiter éventuellement. Si l'idée se précise, si elle m'apparaît séduisante, forte, je la note. J'ai tout un dossier où je confine ces notes. Plusieurs resteront inutilisées, d'autres seront fusionnées pour donner autre chose, feront peut-être naître une histoire.

Quand ma vie me laisse ce temps, le processus de création refait surface. Ce matin, par exemple, exténuée par mes traitements de chimiothérapie, j'ai passé un long moment couchée, à laisser filer mes pensées. Et voilà qu'après quelques minutes, j'étais en mode création. Simplement. Alors que depuis plusieurs jours, voire des semaines, je m'étais complètement arrêtée, happée par mes autres préoccupations quotidiennes.

Mais je l'ai déjà évoqué, ma vie n'est pas centrée uniquement sur l'écriture. Au contraire, l'écriture est inhérente à ma vie. C'est pour cela que j'accepte le fait d'être de longues périodes sans écrire, sans mettre au point quoi que ce soit en vue d'un projet quelconque. À une certaine époque, cela me frustrait. Maintenant, j'ai compris que ma vie est comme la mer, avec ses va-et-vient.  Si je veux y naviguer, il me faut apprendre à utiliser le courant. Et non lutter contre lui.